Sujet du bac français 2018 (séries S et ES) — thème et pistes
Votre travail a été vérifié par notre enseignant : 29.01.2026 à 16:07
Type de devoir: Rédaction
Ajouté : 27.01.2026 à 15:05

Résumé :
Explorez les thèmes du bac français 2018 pour comprendre la nature humaine selon Montaigne, Rousseau, Voltaire et Yourcenar. 📚 Analyse approfondie et claire.
Introduction
La question de l’Homme, de sa nature profonde, de sa capacité à la cruauté comme à la compassion, s’est imposée comme une interrogation centrale pour la pensée occidentale depuis le XVIe siècle. Loin d’être un simple objet d’étude abstrait, ce problème a traversé les époques, s’invitant tour à tour dans les essais philosophiques, les récits, les discours et autres formes littéraires qui constituent le patrimoine intellectuel que l’on explore au lycée, notamment en classe de première lors du bac français. Les écrivains – de Montaigne à Yourcenar, en passant par Rousseau et Voltaire – ont chacun proposé une méditation originale sur la place de l’Homme, à la frontière entre l’animalité et la raison, entre barbarie et tendresse, poussant ainsi les générations de lecteurs à s’interroger sur leur propre humanité.L’enseignement luxembourgeois, qui s’inscrit dans la tradition européenne, favorise l’analyse critique et l’ouverture à l’altérité à travers l’étude approfondie de ces textes fondateurs. Cette tradition donne toute sa place à une réflexion sur la condition humaine, non seulement dans son contexte historique mais aussi à la lumière des débats contemporains, par exemple autour des droits des animaux et des enjeux écologiques.
Aborder les textes du bac français 2018, qui interrogeaient « la question de l’Homme dans les genres de l’argumentation du XVIe à nos jours », c’est donc s’intéresser à la manière dont l’argumentation éclaire cette double face de l’humanité : entre violence héréditaire et élans de sollicitude envers autrui, êtres humains ou animaux sensibles. Il s’agit notamment de comprendre comment, sous la plume de Montaigne, Rousseau, Voltaire ou Yourcenar, se construit une réflexion sur la responsabilité morale de l’Homme et sa place au sein du monde vivant.
En quoi les analyses argumentatives de ces auteurs donnent-elles à voir à la fois les ombres et les lumières de la nature humaine, et comment ces perspectives ont-elles contribué à redéfinir notre rapport à la cruauté, à la compassion et à ce que nous nommons l’altérité ? Pour répondre à cette problématique, nous examinerons tour à tour : la lucidité de Montaigne face à la cruauté humaine ; la théorie rousseauiste de la compassion originelle ; la satire voltairienne contre l’intolérance et la violence ; enfin, la vision élargie et poétique de Marguerite Yourcenar sur la communauté des êtres sensibles.
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I. Montaigne : lucidité et dénonciation de la cruauté humaine
Dès le XVIe siècle, Montaigne se démarque dans ses Essais par une audace de ton et une franchise qui marquent encore nos consciences. Dans le chapitre « De la cruauté » (Livre II, chapitre 11), il fait le constat désabusé – mais non résigné – de la réalité de la violence humaine. Loin de se réfugier derrière une conception idéalisée de l’humanité, il observe que c’est souvent chez nous, plus que chez l’animal, que la cruauté trouve des formes perverses, raffinées, et socialement acceptées.Chez Montaigne, la cruauté n’est pas exceptionnelle : elle est inscrite dans les mœurs, dans le goût du sang-spectacle, comme en témoignent les descriptions des arènes romaines et des jeux sanglants qui fascinaient les foules au Moyen Âge. À travers ces exemples historiques, l’auteur pose déjà la question du processus de déshumanisation qui conduit des sociétés à s’endurcir et à considérer l’animal, voire l’étranger, comme des objets de souffrance légitime. Cette réflexion est particulièrement intéressante à confronter à notre propre époque, où certains débats sur la chasse ou les corridas témoignent encore d’un héritage complexe.
Pour autant, Montaigne ne s’arrête pas à la description : il oppose à cette tendance un véritable effort de lucidité morale. Il écrit, par exemple, son dégoût de voir que l’on fasse agoniser inutilement des animaux, insistant sur la pitié instinctive qui habite celui qui sait reconnaître la souffrance de l’autre. Son exemple du cerf, traqué, « qui semble implorer grâce de ses yeux », révèle l’intuition que la capacité de compassion est ce qui distingue vraiment l’homme digne de ce nom. Ainsi, l’argumentation de Montaigne articule deux pôles contraires – cruauté et compassion – afin de montrer que la grandeur de l’humanité consiste à résister à ses propres penchants destructeurs.
Enfin, ce réalisme lucide sur la nature double de l’homme n’est pas que pessimiste : il constitue une invitation à exercer son jugement, à se défier de l’habitude et à repenser sans cesse la frontière du bien et du mal dans les comportements individuels et collectifs. C’est en ce sens que la pensée de Montaigne reste particulièrement formatrice pour les élèves luxembourgeois, appelés à développer une conscience critique dans une société pluraliste et ouverte.
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II. Rousseau : compassion originelle et naissance de la morale
Avec Rousseau, au XVIIIe siècle, s’opère un déplacement fondamental du regard sur la nature humaine. Dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, il affirme que, loin d’être prédisposé à la violence, l’homme à l’état de nature est, par essence, capable de bonté spontanée et de compassion. Cette thèse s’oppose, sur le plan philosophique et politique, à la tradition hobbesienne pour qui l’homme est un « loup pour l’homme ».Pour Rousseau, l’enfance de l’humanité fut marquée par deux principes inaliénables : d’abord l’instinct de conservation, ensuite la pitié, définie comme répugnance innée à voir souffrir un semblable. Ainsi, la compassion ne serait pas un apprentissage social, mais un ressort naturel, un sentiment qui précède la raison mais qui en fonde les premiers développements : « c’est la pitié qui, à défaut de lois, empêche que l’homme ne soit féroce ».
L’étude de Rousseau dans le système luxembourgeois, où l’accent est mis sur l’éducation morale et civique, prend un sens tout particulier. Les débats sur la solidarité, l’accueil de l’autre, sont en résonance avec ce que l’auteur développe : la société n’est légitime qu’à condition de préserver, et non d’étouffer, cette bonté originaire qui pousse l’homme à fraterniser avec ses semblables.
Cependant, Rousseau va plus loin encore : dans l’Émile, il laisse entendre qu’il n’existe pas de frontière indépassable entre l’homme et l’animal, en ce qui concerne la capacité de souffrir et de ressentir. Si la morale doit s’étendre à tous ceux qui éprouvent la souffrance, alors les animaux aussi doivent être protégés par la commisération humaine. Cette perspective annonce, à travers l’argumentation rousseauiste, les évolutions des débats éthiques et juridiques qui traversent aujourd’hui nos sociétés européennes, du Luxembourg à la France en passant par la Belgique.
Enfin, Rousseau ne cache pas son inquiétude devant le développement de la société contemporaine, qui tend à étouffer la compassion originelle sous le poids des conventions, des rivalités, et de la compétition sociale. La perte de l’innocence, la montée de l’inégalité, sont pour lui autant de signes de la dégénérescence morale qui menace l’humanité moderne. On perçoit dans cette pensée un avertissement toujours d’actualité, quand il s’agit de préserver les fondements de la justice et de la fraternité dans un monde fragmenté.
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III. Voltaire : satire et combat contre l’intolérance
Dans l’Europe des Lumières, Voltaire fait figure de vigie, maniant avec brio la satire pour fustiger les travers de ses contemporains et dénoncer toutes les formes de cruauté, qu’elles frappent l’homme ou l’animal. Son fameux article « Bêtes », dans le Dictionnaire philosophique, pose, sur le mode ironique, la question du statut moral des animaux, raillant les prétentions de la raison humaine et la vertu illusoire des institutions.Voltaire refuse de limiter la morale à l’humanité seule et s’indigne du déchaînement de violence que les hommes peuvent exercer contre plus faible qu’eux, simplement parce que la société, la religion ou la tradition le tolèrent, voire l’encouragent. Qu’il s’agisse de l’intolérance religieuse, de la torture judiciaire ou des traitements infligés aux bêtes, il existe selon lui une même racine : l’ignorance, la superstition, et l’absence de sens critique.
À travers ses contes philosophiques (par exemple Candide), il invite le lecteur à distance, à l’ironie et à l’interrogation permanente : pourquoi l’homme se croit-il investi d’une supériorité qui l’autorise à agir avec barbarie sur le monde vivant ? Chez Voltaire, la dénonciation de la cruauté animale n’est jamais séparée d’un jugement sur la société humaine elle-même ; ainsi, maltraiter une bête, c’est être déjà sur la pente de la tyrannie envers le plus faible, qu’il soit humain ou non.
L’œuvre de Voltaire trouve un écho direct dans la pédagogie luxembourgeoise, qui valorise l’esprit d’analyse, le refus du dogmatisme, et la nécessité de former des citoyens éclairés, pas seulement instruits. La lutte contre le fanatisme, tant religieux que laïque, ne se fait pas sans le combat pour une éthique de la raison, apte à désigner sans ambages toutes les formes de barbarie, même masquées sous les habits de la légalité ou de la coutume.
Enfin, Voltaire fonde une réflexion progressiste sur le rôle des savoirs et de l’éducation : les mentalités évoluent lorsque la lumière se fait sur les préjugés, et le progrès moral n’appartient pas au passé, mais reste, à chaque génération, un défi urgent à relever.
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IV. Marguerite Yourcenar : une sensibilité élargie à la condition animale
Dernière des quatre grands auteurs convoqués dans ce parcours, Marguerite Yourcenar, autrice de « Qui sait si l’âme des bêtes va en bas ? », offre une méditation à la fois résolument moderne et poétique sur la frontière fragile entre l’homme et l’animal. Dans ses récits et essais, elle propose au lecteur une expérience d’élargissement, une invitation à sortir de l’anthropocentrisme pour reconnaître l’universalité de la sensibilité.Yourcenar utilise l’écriture comme outil de mémoire – elle évoque ces animaux compagnons de route, victimes silencieuses du progrès humain. À travers le temps, « ce grand sculpteur », elle suggère l’idée d’une lente métamorphose, non seulement biologique, mais aussi spirituelle, qui relie êtres humains et bêtes sous le signe d’une solidarité fondamentale. Le respect de l’animalité n’est pas, pour elle, une question secondaire mais un critère de civilisation : ce n’est pas la force, ni l’intelligence, mais la capacité à reconnaître la souffrance de l’autre, qui fonde la valeur de l’humanité.
Dans cette perspective, la littérature contemporaine, y compris au Luxembourg, s’empare de plus en plus de la question animale, à travers des textes autobiographiques, des romans ou des engagements citoyens (pensons aux débats sur la législation relative au bien-être animal ou à l’expansion du mouvement végane). Yourcenar résonne ainsi avec nos préoccupations : l’avenir ne peut s’écrire sans une éthique élargie à tous les êtres sensibles.
Son écriture, empreinte de poésie et d’introspection, marque un tournant dans la manière d’envisager la place de l’Homme : non plus centre du monde mais membre d’une grande famille. Conjuguant le regard du biologiste, du philosophe et du poète, elle préfigure le courant de pensée éco-centré qui inspire aujourd’hui de jeunes auteurs et suscite des ateliers interdisciplinaires dans les lycées du Luxembourg – qu’il s’agisse de littérature, de sciences naturelles ou d’éducation civique.
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Conclusion
À travers le parcours des textes argumentatifs de Montaigne, Rousseau, Voltaire et Yourcenar, la question de l’Homme se révèle d’une richesse et d’une complexité inépuisables. Montaigne, d’abord, initie une réflexion lucide sur le risque de la barbarie consubstantielle à l’espèce humaine, mettant en garde contre toutes les formes d’habituation à la violence. Rousseau, ensuite, réhabilite l’idée d’une compassion naturelle, invitant à ne pas oublier l’instinct de pitié qui fonde la morale. Voltaire fait de l’ironie et du combat contre l’intolérance ses armes pour défendre, envers et contre tout, la dignité de l’être sensible, quel qu’il soit. Enfin, Yourcenar élargit la perspective jusqu’à inviter l’homme à se penser comme une partie d’un tout vivant, redéfinissant ainsi la communauté morale.Dans le contexte contemporain, où les problématiques liées à la condition animale et à l’environnement prennent un relief nouveau, ces textes demeurent éminemment actuels. Le bac français, en incitant les élèves à les confronter à leurs propres expériences et questionnements, répond à l’une de ses missions essentielles : former non seulement des esprits cultivés, mais aussi des citoyens capables de se situer dans le monde, d’agir et de penser avec discernement et empathie.
Finalement, la littérature argumentative, de la Renaissance à nos jours, n’est pas un simple jeu d’idées mais un laboratoire éthique, toujours prêt à nous réapprendre à voir l’Homme – et le vivant – sous un jour renouvelé. Cela reste, pour l’étudiant luxembourgeois, une école de liberté et de responsabilité, aujourd’hui comme hier.
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