Rédaction

Analyse de la fable « Le savetier et le financier » de Jean de La Fontaine

approveVotre travail a été vérifié par notre enseignant : 21.02.2026 à 17:21

Type de devoir: Rédaction

Résumé :

Découvrez l’analyse détaillée de la fable Le savetier et le financier de La Fontaine et comprenez le contraste entre richesse et bonheur durable.

Introduction

Jean de La Fontaine, auteur français du XVIIᵉ siècle, occupe une place centrale dans la littérature européenne grâce à ses Fables, qui constituent bien plus qu’un simple recueil de courts poèmes animaliers. Profondément ancrées dans leur époque — celle du règne de Louis XIV et du classicisme —, ces Fables sont à la fois miroir de la société et laboratoire de l’âme humaine. Elles dessinent des tableaux nuancés des comportements humains, répandent des leçons morales et s’inscrivent depuis des siècles dans l’éducation, particulièrement dans les pays francophones comme le Luxembourg, où elles sont étudiées tant pour leur richesse littéraire que pour leurs valeurs citoyennes.

Au cœur du Livre VIII, La Fontaine propose « Le savetier et le financier », confrontation poétique entre deux figures que tout oppose : l’un, modeste artisan, représente la simplicité et la joie du quotidien ; l’autre, homme d’argent, incarne l’opulence, mais aussi l’angoisse inhérente à la possession. Cette fable — en apparence légère — soulève avec finesse une question fondamentale : la richesse est-elle vraiment synonyme de bonheur ? À travers le destin croisé du savetier et du financier, La Fontaine interroge la valeur du contentement, le pouvoir de l’argent, et la véritable nature du bonheur.

Nous nous proposons d’analyser comment La Fontaine, en plaçant face à face ces deux personnages, met en lumière la relation ambiguë entre fortune matérielle et sérénité de l’âme. Nous examinerons d’abord le contraste saisissant de leur portrait et de leur univers ; nous verrons ensuite comment l’argent bouleverse l’existence du savetier ; enfin, nous nous pencherons sur la morale et l’art narratif qui rendent la fable si marquante et moderne.

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I. Portraits contrastés des deux protagonistes : deux univers irréconciliables

A. Le savetier, figure de contentement et d’authenticité

Le savetier, dès les premiers vers, apparaît comme l’emblème des classes populaires : il vit de son art manuel, humble et nécessaire. Son travail — réparer les chaussures de ses voisins — n’est peut-être pas prestigieux, mais il lui fournit chaque jour de quoi vivre avec assurance. Cette stabilité modeste se traduit par sa joie simple : « il chante du matin au soir ». Ce chant n’est pas anodin : il est à la fois musique de la liberté intérieure et affirmation de la satisfaction d’exister. Contrairement à ceux qui vivent dans la hantise du lendemain, le savetier a foi dans le présent, prenant la vie comme elle vient.

Dans ses propos, on retrouve un langage populaire émaillé de spontanéité, de familiarité et d’expressions extraites du quotidien. Références aux fêtes paroissiales ou à la figure du curé signalent son ancrage dans la communauté traditionnelle du village. À ce titre, il n’hésite pas à répondre avec franchise aux questions du financier, sans gêne ni ambition démesurée.

Ce personnage évoque, d’un point de vue luxembourgeois, les métiers traditionnels qui ont longtemps animé la vie économique du pays — tels le boulanger local, le forgeron des villages, ou encore le paysan ardent. Leur bonheur provenait bien moins de la richesse que d’un quotidien rythmé, d’une vie sociale dense et de la certitude d’apporter sa contribution.

B. Le financier, incarnation du luxe inquiet et de l’isolement

Face à cette simplicité se dresse la figure du financier, dont la richesse — visible dans le texte par la mention de vêtements cousus d’or et d’une demeure fastueuse — contraste violemment avec l’environnement du savetier. Mais si l’apparence du financier brille, c’est surtout pour masquer une profonde inquiétude. La Fontaine le dépeint incapable de dormir, sans cesse préoccupé par la gestion et la préservation de sa fortune.

Ici se dessine un autre stéréotype social bien connu au Luxembourg : celui des banquiers ou des grands industriels, figures importantes dans l’histoire économique moderne du pays, mais souvent perçus comme tenaillés par la pression, l’obligation de réussir et la crainte des revers. Le financier du conte incarne ce paradoxe : en possédant tout, il n’a pourtant rien de ce bonheur limpide qui anime le savetier. La preuve en est sa réaction méprisante et ironique à la naïveté joyeuse du savetier : il observe cette insouciance comme un défaut à corriger, affublant le savetier du sobriquet un peu moqueur de « Sire Grégoire ».

Ici, l’argent fait office de barrière et non de lien ; il éloigne son possesseur du monde réel et l’enferme dans une forme de solitude anxieuse.

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II. La transformation du savetier : de l’insouciance à l’angoisse

A. Le cadeau empoisonné : l’entrée de la richesse dans la vie du savetier

Lorsque le financier offre cent écus au savetier, ce geste est en apparence généreux, mais il porte une ambiguïté profonde : il représente le pouvoir de l’argent non seulement de transformer les existences, mais aussi de les corrompre. Le savetier, enfantin dans son espoir et son émerveillement, imagine d’abord que cette fortune ouvrira la porte à une vie plus facile. Ce moment illustre bien le rêve social de l’ascension — un thème que les élèves luxembourgeois peuvent reconnaître dans leur propre société, où la mobilité professionnelle est plus fréquente que jadis, et où l’on espère toujours « mieux » gagner sa vie.

Mais très vite, ce vent joyeux tourne à l’inquiétude : le savetier, admirant son trésor, devient obsédé par la possibilité du vol. Le sommeil qui autrefois le berçait disparaît ; le chant s’éteint, au profit de calculs stressants et de peurs nouvelles. L’argent, censé ajouter du confort, accroît en réalité les tourments.

B. Aliénation et perte de bonheur

La Fontaine peint à merveille cette métamorphose psychologique : le savetier, autrefois léger et plein d’entrain, devient l’ombre de lui-même. Son existence se résume à surveiller sa cassette, à douter de tout bruit, à craindre même le moindre chat. L’argent « possède » son détenteur au lieu de le servir.

Ce phénomène trouve un écho dans d’autres fables (telles « Le rat de ville et le rat des champs ») et fait songer aux nombreuses enquêtes sociologiques menées dans les sociétés européennes modernes : l’accumulation matérielle ne garantit pas le bonheur, bien au contraire, elle peut détruire la paix de l’âme.

Au Luxembourg, ce message résonne de façon particulière : dans un pays prospère, où la question du classement social occupe une certaine importance, la pression de la réussite peut entraîner un malaise social, visible par exemple dans le stress scolaire des élèves ou dans la course à la performance professionnelle. En ce sens, la transformation du savetier agit comme une mise en garde : gagner plus n’est pas toujours vivre mieux.

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III. Morale et art de la fable : la sagesse douce-amère de La Fontaine

A. Retour à la simplicité : une morale d’une étonnante modernité

Finalement, le savetier prend la décision radicale de se séparer de sa fortune soudaine. Il rend l’argent au financier, se rachète une paix intérieure et retrouve ses chansons. Ce choix audacieux illustre le triomphe de la sagesse populaire sur la tentation matérielle : le vrai bonheur naît des choses simples et du contentement de ce que l’on possède, non de la poursuite effrénée des richesses.

Ce message, transmis dans une langue claire, continue d’inspirer aujourd’hui. En salle de classe à Luxembourg, la discussion s’ouvre aisément sur la valeur des choses : la générosité, l’attachement à la famille, la joie des petits plaisirs, en somme, des valeurs qui traversent les siècles et les frontières.

B. Un chef-d’œuvre de comédie et de critique sociale

Le génie narratif de La Fontaine tient à sa maîtrise du rythme et du ton : la fable se déroule presque comme une petite pièce de théâtre en quatre temps. On y voit alterner la légèreté guillerette du savetier, les sombres méditations du financier, et la montée de la tension… avant le dénouement heureux.

Les dialogues, d’une grande vivacité, contribuent à la dimension comique du récit. Les jeux d’ironie et les caricatures ne servent pas seulement le rire, mais rendent la satyre plus pénétrante. En cela, la fable rejoint la tradition européenne du conte moral, mais se distingue par la subtilité de son jugement : La Fontaine n’accuse pas, il montre, il fait sourire, pour mieux convaincre.

Enfin, la morale n’est jamais donnée d’un ton docte. La Fontaine la glisse avec éloquence, laissant le lecteur — ou l’élève — tirer ses propres conclusions. Ce respect de l’intelligence de l’auditoire assoit la portée universelle de l’œuvre.

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Conclusion

À travers « Le savetier et le financier », La Fontaine nous livre un portrait saisissant de l’opposition entre simplicité heureuse et opulence angoissée. L’expérience du savetier détruit l’illusion que plus de richesse équivaut à plus de bonheur : bien au contraire, la recherche effrénée du gain matériel engendre souvent inquiétudes et solitude. Par le contraste de ses personnages, par la finesse du récit et la profondeur de sa morale, la fable demeure étonnamment actuelle.

Dans le Luxembourg du XXIᵉ siècle, marqué par la prospérité mais aussi par de nouveaux défis liés au bien-être et à la cohésion sociale, l’enseignement de cette fable conserve toute sa pertinence. Elle invite chacun de nous à réfléchir à ses propres priorités, à questionner la place que l’on accorde à l’argent dans sa vie, et à retrouver la sagesse intemporelle du contentement.

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Suggestions pédagogiques

Pour prolonger la réflexion, il serait fructueux de travailler en classe sur d’autres fables de La Fontaine abordant la question du bonheur versus la fortune, comme « Le laboureur et ses enfants » ou « Le rat de ville et le rat des champs ». Des recherches sur les conditions sociales au XVIIᵉ siècle pourraient également enrichir la compréhension du texte. Enfin, une analyse stylistique pourra montrer comment la mise en scène, l’ironie et le langage contribuent à la portée universelle du message de La Fontaine.

Questions d’exemple

Les réponses ont été préparées par notre enseignant

Quel est le message principal de la fable Le savetier et le financier de La Fontaine ?

Le message principal est que la richesse matérielle ne garantit pas le bonheur, tandis que le contentement et la simplicité apportent une véritable sérénité.

Comment La Fontaine oppose-t-il le savetier et le financier dans la fable ?

La Fontaine oppose la joie simple et authentique du savetier à l'angoisse et l'isolement causés par la richesse du financier, illustrant deux univers irréconciliables.

Quelle est la morale de la fable Le savetier et le financier ?

La morale met en avant la supériorité du contentement et de la liberté sur la richesse, rappelant que l’argent peut troubler la tranquillité de l’âme.

Pourquoi le savetier est-il heureux dans la fable de La Fontaine ?

Le savetier est heureux car il vit simplement, est content de sa vie quotidienne et ne connaît ni angoisse ni besoin excessif d’argent.

En quoi Le savetier et le financier reflète-t-elle la société du XVIIe siècle selon La Fontaine ?

La fable reflète la société du XVIIe siècle en illustrant le fossé social entre les travailleurs modestes et les riches, questionnant la vraie valeur du bonheur.

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