Luxembourg 1942–1944 : prisonniers soviétiques et travailleurs de l'Est
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Type de devoir: Rédaction d’histoire
Ajouté : 19.01.2026 à 13:10
Résumé :
Découvrez le rôle des prisonniers soviétiques et travailleurs de l’Est au Luxembourg (1942-1944) pendant la Seconde Guerre mondiale et leurs conditions de vie.
La Seconde Guerre mondiale : Prisonniers de guerre soviétiques et travailleurs de l’Est au Luxembourg (1942-1944)
La Seconde Guerre mondiale (1939-1945) a façonné l’Europe d’une manière inédite, provoquant des traumatismes individuels aussi bien que collectifs, dont les échos résonnent encore aujourd’hui. Englobant la majorité des États européens, ce conflit s’est illustré par une violence inouïe, mais aussi par l’ampleur des déplacements humains et l’exploitation sans précédent des populations vaincues. Parmi les pays durement touchés, le Luxembourg occupe une place particulière : petit État niché au cœur du continent, frontalier de l’Allemagne, il s’est rapidement retrouvé sous la coupe du Troisième Reich, sa souveraineté étant niée, sa population soumise. Or, l’histoire luxembourgeoise de cette période ne se limite pas à l’occupation militaire, à la germanisation forcée ou à la Résistance : elle englobe également un aspect longtemps tenu à l’écart de la mémoire nationale, celui de la présence de milliers de prisonniers de guerre soviétiques et de travailleurs forcés venus de l’Est.
Entre 1942 et 1944, alors que la guerre prend un tour de plus en plus total, des hommes arrachés à leurs foyers situés bien au-delà des frontières luxembourgeoises sont transférés dans le Grand-Duché : qu’ils soient capturés dans les vastes plaines russes ou raflés en Ukraine ou en Biélorussie, leur sort semble scellé par la machine de guerre allemande, avide de main-d’œuvre pour compenser la mobilisation de ses propres citoyens. Mais dans quelles conditions ces hommes et femmes vivent-ils leur exil forcé au Luxembourg ? Quelle fut la contribution (souvent involontaire) de ces populations déportées à l’économie luxembourgeoise et à la société locale ? Et comment leur histoire est-elle aujourd’hui revisitée ou commémorée ? Nous nous attacherons à retracer ce pan d’histoire douloureuse, en analysant le contexte politique, les conditions d’existence et l’héritage mémoriel de ces centaines, voire milliers de vies exilées et oubliées.
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I. Contexte historique et politique de l’arrivée des prisonniers de guerre soviétiques et des travailleurs de l’Est au Luxembourg (1942-1944)
L’invasion allemande du Luxembourg le 10 mai 1940 est vécue comme un séisme dans ce pays neutre, habitué à son autonomie depuis le Congrès de Londres de 1867. Initialement, l’occupant cherche à gagner la population par une germanisation culturelle ; en 1942 les choses basculent : le Luxembourg est purement annexé au Gau Moselland, et l’occupation nazie s’accompagne d’une exploitation économique systématique.L’Allemagne nazie, engagée sur plusieurs fronts – notamment le gigantesque et meurtrier front de l’Est à partir de juin 1941 –, connaît rapidement un déficit criant de main-d’œuvre. Les jeunes Luxembourgeois sont enrôlés de force dans la Wehrmacht ou le Reichsarbeitsdienst (RAD), tandis que l’industrie sidérurgique, essentielle à l’effort de guerre, doit continuer à produire. Pour compenser l’absence de travailleurs locaux, Berlin orchestre le transfert massif de prisonniers de guerre soviétiques (les “Russenkriegsgefangene”) et de travailleurs civils originaires des territoires occupés d’Union soviétique et d’Europe orientale (souvent désignés par l’acronyme Ostarbeiter).
Les prisonniers de guerre soviétiques – capturés en millions dès l’offensive Barbarossa – font l’objet d’un traitement inhumain, bien loin du respect des conventions de Genève, dont l’URSS n’est d’ailleurs pas signataire. Déchus de la moindre protection légale, ils sont expédiés dans des wagons à bestiaux vers les usines et fermes du Reich, ainsi qu’aux “petites” stations industrielles comme Esch-sur-Alzette ou Differdange. Les travailleurs “Ostarbeiter,” en grande partie de jeunes femmes et adolescents raflés dans les zones rurales ukrainiennes et russes par les services d’organisation allemands, subissent un recrutement brutal, précédé d’une propagande mensongère et suivi par un voyage exténuant vers l’ouest.
Le choix du Luxembourg n’a rien d’anodin : pays industriel, il possède une importante tradition métallurgique (on pense à l’Arbed et ses filiales), tout en présentant une situation démographique qui “justifiait” selon les autorités nazies l’importation d’une main-d’œuvre exogène, totalement dépendante et corvéable à merci. Les critères d’affectation répondaient donc à une logique d’efficacité militaire et économique, aux dépens de toute considération humanitaire.
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II. Conditions de vie et de travail des prisonniers soviétiques et des travailleurs forcés au Luxembourg
L’accueil réservé aux populations de l’Est au Luxembourg est à la fois marqué par la rigueur administrative nazie et une brutalité quotidienne. Installés dans des camps improvisés ou des baraquements hâtivement aménagés près des sites industriels et ferroviaires, ces hommes et femmes deviennent rapidement les rouages invisibles de l’économie de guerre locale.Leur statut est ambigu : à la fois prisonniers de guerre (dans le cas des soldats soviétiques capturés) et travailleurs civils (pour les travailleurs forcés), ils sont juridiquement sans droits : aucune liberté de mouvement, une surveillance constante des gardiens et des patrouilles allemandes, une totale exclusion de la société luxembourgeoise. Les tentatives d’évasion, fréquentes (notamment lorsqu’un espoir illusoire de retour se fait sentir), sont sévèrement réprimées. Le moindre écart entraîne des punitions exemplaires, pouvant aller jusqu’à la déportation dans les camps de concentration situés ailleurs en Allemagne ou en Alsace annexée.
Sur le plan matériel, les conditions sont misérables. Les baraques surpeuplées, construites à la hâte, protègent à peine du froid luxembourgeois : les récits recueillis par l’historien Serge Scheffer ou dans les journaux d’époque témoignent de la promiscuité, de la saleté et du manque d’équipements les plus élémentaires (lits, chauffage, vêtements de rechange). La nourriture, indiquée comme « soupe aqueuse et pain noir éventé », se révèle largement inadéquate pour des travailleurs accomplissant des tâches épuisantes douze heures par jour. La conséquence directe, soulignée dans plusieurs rapports, en est l’apparition d’épidémies : la tuberculose, le typhus ou simplement l’affaiblissement généralisé font des ravages, réduisant drastiquement l’espérance de vie de ces populations, qui, par ailleurs, se voient refuser pratiquement tout accès au système médical local.
Au travail, l’exploitation des prisonniers et Ostarbeiter est totale : à Esch-Belval ou Schifflange, des équipes mixtes, composées de Soviétiques, Polonais et Italien, sont affectées aux tâches les plus pénibles de la chaîne sidérurgique, ramassant le minerai, surveillant les hauts fourneaux, ou réparant en urgence les infrastructures bombardées. D’autres sont envoyés dans les campagnes, à la disposition des exploitations agricoles, où ils remplacent les jeunes Luxembourgeois eux-mêmes envoyés en Allemagne. Les durées de travail dépassent fréquemment les 60 heures par semaine, sans le moindre jour de repos. Les accidents mortels abondent : la moindre blessure peut signifier la mort par manque de soins. Il n’est pas rare non plus que certains prisonniers, dans un ultime geste d’opposition, sabotent discrètement des outils ou ralentissent la cadence, défiant ainsi les exigences de rendement de leurs maîtres.
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III. Conséquences et héritages de la présence des prisonniers soviétiques et travailleurs forcés à Luxembourg
L’apport, direct ou indirect, de ces travailleurs contraints au Luxembourg fut crucial pour le maintien de la production industrielle et agricole pendant les années de pénurie. Sans leur présence, la sidérurgie locale (élément clé du patrimoine national, que célèbrent encore aujourd’hui les musées industriels d’Esch et de Differdange) se serait vraisemblablement effondrée, tout comme une bonne partie de l’agriculture autour de la Moselle. Le calcul économique était sans appel : une partie de la population luxembourgeoise a profité, même à contrecœur, de la stabilisation relative fournie par cette main-d’œuvre corvéable. Mais, localement aussi, des actes de compassion ont existé : la littérature luxembourgeoise mentionne, par exemple, des cas de fermiers qui glissent une tranche de pain ou une pomme à un adolescent slave exténué, bravant la menace de dénonciation. D’autres, comme Pierre Frieden, futur ministre de l’Éducation, défendent l’idée que le véritable courage consiste à préserver un reste d’humanité dans un monde dominé par l’arbitraire.La relation entre les prisonniers de l’Est et la population luxembourgeoise fut donc ambivalente, oscillant entre peur de l’occupant et élans de solidarité. Des tensions, inévitables, naissaient par ailleurs de la rivalité pour les denrées rares ou la peur que ces étrangers introduisent des maladies ou attirent la colère allemande.
Après-guerre, l’oubli s’est abattu sur ces épisodes. Dans l’immédiat après-Libération, la mémoire nationale s’est surtout concentrée sur la Résistance et le drame de la conscription forcée chez les Luxembourgeois. Il faut attendre les années 1970, sous l’impulsion de chercheurs et d’associations, pour que le souvenir des prisonniers de l’Est soit peu à peu réhabilité. Des stèles ont été érigées, comme à Schifflange ou près de l’ancienne gare d’Esch, tandis que des journées de commémoration, organisées avec l’aide de la Communauté russe du Luxembourg, permettent de transmettre la mémoire des souffrances endurées.
Enfin, l’éducation nationale joue depuis vingt ans un rôle croissant dans la reconnaissance de cette histoire, intégrant dans les manuels scolaires des témoignages, des photographies d’époque comme celles, poignantes, tirées des archives de l’Arbed, qui montrent des visages émaciés et des regards perdus. Des expositions itinérantes et des cycles de conférences visent désormais à mieux faire comprendre aux élèves la complexité de la Seconde Guerre mondiale, en sortant d’une approche strictement “nationale” pour embrasser l’histoire européenne partagée.
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Conclusion
La présence, souvent invisible ou oubliée, des prisonniers de guerre soviétiques et des travailleurs de l’Est au Luxembourg entre 1942 et 1944 rappelle que l’histoire du Grand-Duché ne se réduit pas à la narration classique de l’occupation et de la Résistance : elle est aussi animée par des trajectoires brisées de milliers de vies déplacées, dont l’apport à la survie économique du Luxembourg fut considérable, mais dont le sort témoigne avant tout de la violence et de l’inhumanité portées à son paroxysme par la guerre.Comprendre cette histoire, c’est accepter d’ouvrir les yeux sur la diversité des expériences humaines en temps de conflit, sur la nécessité de compassion et la fragilité des valeurs démocratiques. C’est aussi, pour les jeunes générations luxembourgeoises, une invitation à réfléchir aux transmissions mémorielles, et à comparer cette expérience avec celle d’autres groupes de travailleurs forcés, que ce soit dans les mines de Lorraine, dans les camps en Belgique ou ailleurs en Europe occupée.
Aujourd’hui, alors que la société luxembourgeoise se veut ouverte et multiculturelle, la mémoire de ces “étrangers d’hier” devrait inviter chacun à la vigilance, au respect et à l’empathie envers toutes celles et ceux dont la vie fut brisée, ici ou ailleurs, par les tourments de l’Histoire.
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Bibliographie indicative & suggestions - Témoignages recueillis par le Centre de documentation sur la Résistance - Ouvrages de Serge Scheffer, "Le Luxembourg occupé" - Archives de l’Arbed et expositions du Musée national de la Résistance Lëtzebuerg - Films documentaires : « Les Ostarbeiter – mémoire de l’oubli », RTL Luxembourg
*(Ce travail se veut un hommage à la pluralité des destins humains et à la nécessité de regarder l’histoire du Luxembourg d’un point de vue ouvert, nourri par la littérature, la recherche et la mémoire partagée, afin d’éviter les dérives de l’oubli.)*
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