Origines des inégalités de santé entre immigrants et natifs en Israël
Type de devoir: Analyse
Ajouté : 18.01.2026 à 12:53
Résumé :
Explorez les origines et facteurs des inégalités de santé entre immigrants et natifs en Israël pour mieux comprendre leurs enjeux sociaux et sanitaires.
Les disparités de santé entre immigrants et natifs en Israël : origines et facteurs explicatifs
Les dynamiques de l’immigration en Israël figurent parmi les plus complexes de l’époque contemporaine. Depuis la fondation de l’État, des vagues migratoires successives – fruits à la fois du sionisme et de situations géopolitiques variées – ont fait émerger une mosaïque culturelle et sociale inédite. Pourtant, malgré le principe d’égalité proclamé en matière d’accès aux soins, plusieurs études révèlent l’existence de disparités substantielles en matière de santé entre la population native et les différents groupes d’immigrés. D’où proviennent ces écarts ? Sont-ils uniquement le fruit de conditions socio-économiques inégalitaires ou doit-on interroger des phénomènes plus profonds, propres à l’histoire migratoire israélienne ?
À travers cette réflexion, je propose d’examiner les sources principales de ces inégalités sanitaires, en portant une attention particulière aux contextes d’accueil, aux trajectoires pré-migratoires, ainsi qu’aux réalités culturelles, démographiques et psychologiques propres à chaque groupe d’immigrés. Cette analyse s’organisera en quatre temps : le contexte spécifique de l’immigration en Israël, le profil sociodémographique des principaux groupes d’immigrés, l’étude des déterminants des écarts de santé, et enfin, les perspectives que ces constats ouvrent pour la politique de santé publique.
---
I. Le contexte particulier de l’immigration en Israël et ses implications pour la santé
A. Un modèle migratoire singulier : la « diaspora de retour »
Contrairement à la majorité des sociétés hôtes traditionnelles, où la migration s’effectue pour des raisons strictement économiques, la politique d’Israël repose principalement sur un retour au pays des personnes d’ascendance juive, selon la Loi du Retour. Les nouveaux arrivants sont accueillis en tant que citoyens à part entière, avec des droits civiques, sociaux et sanitaires similaires à ceux des natifs. Cette configuration, largement facilitée par des politiques d’intégration volontaristes (hébergement, allocations, couverture sociale étendue), vise à encourager le sentiment d’appartenance et l’égalité républicaine.Cependant, derrière cette équité juridique, certaines fragilités persistent. L’intégration santé – paradoxalement – n’est pas automatique. La diversité des origines, des parcours et des niveaux d’éducation pèse lourdement sur l’état de santé réel des nouveaux venus. Ce contexte singulier, unique en son genre, mérite d’être comparé, par exemple, aux Landesverweisungen du Grand-Duché de Luxembourg, où la question du droit au séjour déterminait historiquement l’accès aux soins pour les populations migrantes, ou aux logiques d’accueil très différenciées pour les réfugiés syriens arrivés récemment au Luxembourg.
B. Le phénomène de la ‘sélection inversée’ ou « l’appel aux populations vulnérables »
Si la médecine compare souvent l’émigration à une sélection naturelle des plus aptes (le fameux « healthy migrant effect » observé en France, en Belgique ou même dans le canton suisse du Valais), Israël s’illustre parfois par le phénomène contraire : des individus fragilisés par leur parcours, voire leur état de santé, voient dans la réinstallation israélienne l’opportunité d’obtenir des soins inespérés dans leur pays d’origine. À l’inverse de la migration économique du « travailleur sans histoire », certains nouveaux arrivants d’Ukraine ou d’Éthiopie, par exemple, sont déjà porteurs de pathologies lourdes ou vieillissants lors de leur immigration.Ce type de configuration entraîne une « concentration » de situations sanitaires préoccupantes, qui rappelle certains épisodes de migrations internes au Luxembourg, comme lors de l’arrivée massive de travailleurs frontaliers en quête d’un système de santé plus accessible que dans leur pays de résidence.
---
II. Profil sociodémographique et disparités sanitaires des groupes immigrés en Israël
A. Les trois grands groupes d’immigrés : diversité et spécificités
Israël, aujourd’hui, compte trois grands groupes d’ascendance juive immigrée : 1. Les immigrés de l’ex-Union Soviétique, dont la migration massive des années 1990 a profondément modifié le paysage ethnique israélien. Leur âge moyen plus élevé, leurs habitudes sanitaires ancrées dans la culture soviétique (prédilection pour le tabac, rapport complexe aux soins préventifs) expliquent en partie une vulnérabilité accrue, notamment face aux maladies cardiovasculaires. 2. Les immigrés d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord, généralement ashkénazes et issus de milieux favorisés. Ils bénéficient globalement d’un meilleur état de santé, d’un niveau d’éducation plus élevé et d’une socialisation aux normes sanitaires modernes. Cependant, une analyse fine révèle que les hommes de ce groupe, en particulier, présentent paradoxalement certains risques sanitaires accrus, notamment liés au stress de la migration ou de la reconversion professionnelle. 3. Les immigrants orientaux (originaires d’Afrique du Nord et d’Asie), soit principalement les Séfarades, arrivent généralement avec un capital santé moindre et se retrouvent confrontés à des conditions de vie initiales plus précaires – quartiers moins favorisés, accès plus difficile à l’emploi, ainsi qu’à un climat social parfois hostile.B. Disparités selon le sexe et contextes d’origine
L’écart de santé prend souvent une dimension genrée. Les femmes originaires d’Afrique du Nord présentent, par exemple, une prévalence élevée de maladies chroniques non transmissibles (diabète, hypertension). Elles souffrent à la fois du poids des traditions (restrictions de mobilité, difficultés d’accès à l’information médicale) et de situations de précarité accrue. A contrario, certains hommes immigrés d’Europe centrale, bien que bénéficiant d’un capital économique supérieur, sont exposés à des risques liés à l’isolement ou à la mauvaise gestion du stress lié à la migration.L’influence des facteurs pré-migratoires est également déterminante : les conditions de santé dans le pays d’origine, souvent dégradées (instabilité, manque de prévention, crises sanitaires), contribuent à expliquer l’écart observé après l’immigration. Cette réalité s’observe aussi chez les réfugiés politiques du Kosovo ou jeunes travailleurs portugais venus au Luxembourg au cours des dernières décennies, pour qui la santé pré-migratoire détermine souvent la trajectoire future.
---
III. Les determinants des inégalités de santé : entre marges et failles sociales
A. Poids des caractéristiques démographiques : âge, famille et vulnérabilité
Le facteur démographique occupe indéniablement une place centrale. Les immigrés de l’ex-URSS, souvent plus âgés, cumulent facteurs de risque (isolement, faible réseau d’entraide familiale, fragilité physique). À l’inverse, la jeunesse relative des nouveaux arrivants d’Éthiopie ou de certains pays orientaux, malgré la précarité matérielle, peut atténuer dans un premier temps l’apparition de pathologies chroniques.De plus, la structure familiale influence largement la protection santé : familles nombreuses, solidarités intergénérationnelles ou, au contraire, dispersion géographique des proches, tout cela façonne la vulnérabilité individuelle. Ce phénomène trouve un écho dans le cas des familles cap-verdiennes au Luxembourg, connues pour leur solidarité, qui compense en partie les inégalités institutionnelles.
B. Rôle du statut socio-économique et des comportements sanitaires : un impact limité
Si le niveau d’éducation, l’emploi, ou le revenu expliquent certains écarts, leur effet ne suffit pas à rendre compte de l’ampleur du phénomène. Beaucoup d’enquêtes montrent que, même à conditions sociales égales, des différences persistent ; cela s’explique partiellement par les comportements sanitaires hérités du pays d’origine. Le tabagisme demeure plus répandu chez les hommes venus de Russie ou d’Ukraine, tandis que l’obésité touche davantage certaines femmes orientales.Cependant, ces comportements n’expliquent qu’une fraction des disparités. En effet, un travailleur social luxembourgeois notait récemment que les bénéficiaires de soins du Centre Hospitalier du Nord – luxembourgeois ou immigrés – adoptaient souvent les mêmes pratiques de prévention une fois stabilisés, preuve que l’accès et la motivation ne suffisent pas à tout expliquer.
C. Barrières psychosociales, linguistiques et culturelles
L’expérience de l’immigration est d’abord un choc identitaire. Le déracinement entraîne stress, sentiment d’insécurité, discrimination, voire isolement social. Ces facteurs, difficilement objectivables, aggravent la vulnérabilité. L’accès à l’information sanitaire constitue un obstacle supplémentaire : la langue hébraïque, les subtilités administratives, ou encore le manque de médiateurs culturels compliquent la prise en charge, notamment chez les seniors ou les primo-arrivants peu scolarisés.Les différences dans la représentation de la maladie – ce que le sociologue luxembourgeois Pit Péporté nommait « l’imaginaire social de la santé » – déterminent également la manière dont les individus interprètent leurs symptômes et s’orientent (ou non) vers le système de soins.
---
IV. Conséquences pratiques et perspectives pour l’action publique
A. Adapter les interventions : tenir compte de la diversité
Une politique de santé efficace ne peut ignorer la diversité des profils et des parcours. Les mesures « universelles » doivent être complétées par des dispositifs ciblés, spécifiquement conçus pour les sous-groupes à risque. Par exemple, la prévention et l’accompagnement des maladies chroniques chez les femmes venues d’Afrique du Nord nécessitent des dispositifs d’information adaptés culturellement, à l’instar des actions menées par la Croix-Rouge luxembourgeoise auprès des populations lusophones.B. Réduire les inégalités : recommandations et innovations
Pour atténuer les disparités, il faut non seulement renforcer l’accompagnement social (traduction, médiation, soutien psychologique) mais aussi former les équipes médicales à la diversité des attentes, croyances et besoins. Le Luxembourg a développé ces dernières années des « maisons de santé » où cohabitent médecins, assistants sociaux et psychologues multiculturels – une source d’inspiration pour Israël. Un travail sur la reconnaissance des diplômes, la valorisation des parcours antérieurs, ou encore la facilitation de la mobilité professionnelle des immigrés pourrait également contribuer à restaurer l’équilibre social et sanitaire.C. Orientations pour la recherche et l’évaluation future
Les disparités sanitaires liées à l’immigration étant profondément évolutives, il est essentiel de développer des recherches longitudinales, capables de suivre l’évolution de la santé des immigrés sur le long terme. L’exploration fine des effets du stress chronique, la mesure de la résilience communautaire, ou encore l’évaluation des dispositifs publics (sensibilisation, accompagnement, innovation culturelle) offriront des clés pour améliorer durablement la situation.---
Conclusion
La réalité des inégalités de santé entre immigrés et natifs en Israël résulte d’un faisceau de facteurs imbriqués, où l’âge, l’origine, la culture, l’histoire personnelle et collective pèsent lourd. Si le contexte israélien est unique par son caractère de terre d’asile « pour les siens », il n’échappe pas aux défis universels de l’intégration sanitaire. Les faits montrent que les différences se cristallisent moins autour du statut économique ou des comportements à risque que du vécu migratoire et des contextes sociaux et démographiques antérieurs.Il serait trompeur de penser que l’égalité juridique suffit : seule une approche fine, nuancée et adaptée à la diversité des parcours pourra réduire les écarts constatés. Au-delà d’Israël, cette analyse invite à penser la santé publique non comme un bien uniformément distribué, mais comme une construction vivante, qui doit tenir compte de la pluralité des expériences humaines. Pour conclure, l’enjeu n’est pas seulement d’atteindre l’équité formelle, mais de reconnaître et d’accompagner la réalité mouvante des populations, pour bâtir une santé véritablement universelle, fondée sur l’écoute, le respect et l’inclusion.
Évaluer :
Connectez-vous pour évaluer le travail.
Se connecter