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Jean de La Fontaine : analyse de l'art de la fable entre plaisir et morale

Type de devoir: Analyse

Jean de La Fontaine : analyse de l'art de la fable entre plaisir et morale

Résumé :

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Jean de La Fontaine : l’art de la fable entre plaisir et leçon

« Maître Corbeau, sur un arbre perché, tenait en son bec un fromage » : qui n’a jamais entendu ce début de fable ? Ces quelques vers suffisent à réveiller en chacun le souvenir d’un univers où le renard trompeur triomphe de la vanité du corbeau. Cet extrait, universellement connu au Luxembourg comme ailleurs dans la francophonie, témoigne de l’ancrage profond de Jean de La Fontaine dans la mémoire collective européenne. Pourtant, s’arrêter à l’image d’un simple « donneur de leçons », d’un moralisateur attachant qui se cacherait derrière les animaux de ses histoires, serait réducteur. La Fontaine, héritier d’une tradition antique qu’il renouvelle, s’impose bien davantage : artisan du vers juste, observateur lucide de la société de son siècle, il compose un art subtil où l’humour et la gravité se côtoient. Dès lors, en quoi Jean de La Fontaine dépasse-t-il la fonction de conteur moral pour faire de la fable un genre littéraire complexe, capable d’interroger la condition humaine et les rapports sociaux ? Pour comprendre la singularité de son art, il faut étudier le contexte de sa vie et de son époque, explorer ses procédés d’écriture, analyser la richesse des thèmes qu’il aborde, puis réfléchir à la postérité et à l’usage contemporain de ses œuvres, spécialement dans le système éducatif luxembourgeois.

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I. Jean de La Fontaine : biographie et contexte historique

1. Origines, parcours et influences

Né à Château-Thierry en 1621 dans une famille aisée, La Fontaine grandit à l’ombre des forêts de Champagne. Il entreprend des études de droit à Paris, mais n’éprouvera jamais de réelle passion pour le métier juridique. Sa tentative d’embrasser la vie religieuse se solde rapidement par un échec, ce qui témoigne de son tempérament indépendant. Marié à Marie Héricart contre son gré et père d’un fils, il mène une vie marquée par l’instabilité financière. Sa charge de maître des Eaux et Forêts, achetée grâce à sa famille, lui laisse le temps nécessaire à son activité littéraire. C’est de cette liberté relative, mais fragile, que naîtront ses chefs-d’œuvre.

Intégré à l’élite intellectuelle parisienne grâce aux salons et à la protection de mécènes influents (Fouquet, puis Madame de La Sablière), La Fontaine profite d’un entourage cultivé, ce qui favorise l’émergence de son ton singulier, oscillant entre légèreté et lucidité. Les revers de fortune et les vicissitudes de sa vie familiale teintent son œuvre d’une expérience humaine palpable : chez lui, l’ironie n’est jamais cruelle, mais un voile jeté sur l’inconstance du destin.

2. L’époque de La Fontaine : un environnement contraint mais stimulant

Le XVIIe siècle français est marqué par la domination absolue de Louis XIV, dont la centralisation monarchique s’accompagne d’une surveillance accrue du discours public. La prudence est de mise : la censure guette ceux qui voudraient trop ouvertement critiquer le pouvoir. Les milieux littéraires foisonnent toutefois d’intellectuels – la Querelle des Anciens et des Modernes déchire les académies, en particulier l’Académie française dont La Fontaine devient membre tardivement. Les salons, ces lieux de sociabilité féminine et masculine, encouragent l’audace, mais dans la mesure de la bienséance. Ce contexte paradoxal – rigueur politique, mais effervescence intellectuelle – façonne l’ironie subtile et la concision de La Fontaine, qui saura « déguiser » la critique sous le masque animalier.

3. Héritages et modèles : un artisan du patrimoine littéraire

La Fontaine trouve ses sources principales dans l’Antiquité : Ésope, le Grec, dont les fables sont connues depuis des siècles, et Phèdre, le fabuliste latin. Cependant, il ne se contente jamais d’imitation : il adapte, enrichit, renouvelle ces récits pour leur donner une portée universelle et contemporaine. Les emprunts à Horace ou Ovide témoignent d’un enracinement classique, mais c’est bien un style personnel, à la fois libre et élégant, qui s’impose.

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II. Le genre de la fable et procédés d’écriture selon La Fontaine

1. Spécificités de la fable fontainienne

La fable, pour La Fontaine, n’est pas une simple narration suivie d’une moralité. « Je me sers d’animaux pour instruire les hommes », écrit-il en prélude. Mais « instruire » ne veut pas dire imposer une unique vérité. La structure joue sur la juxtaposition : récit bref, généralement en vers, suivi (ou précédé) d’une morale parfois ambiguë, proposant plus une matière à réflexion qu’une leçon toute faite. Contrairement au conte, la fable généralise ; contrairement à l’apologue, elle offre plusieurs niveaux d’interprétation.

2. Techniques narratives et stylistiques

La Fontaine exploite l’anthropomorphisme avec brio : ses animaux parlent, raisonnent, conspirent. Ce choix n’est pas innocent : il permet de contourner la censure et de critiquer l’ordre établi à moindre risque. Le masque animal prend ainsi valeur allégorique, chaque espèce symbolisant une catégorie sociale ou une qualité humaine (le renard rusé, le loup violent, la cigale insouciante).

La voix narrative se caractérise par une distance ironique : le fabuliste interpelle parfois le lecteur, fait des apartés, nuance ses jugements. Il joue de la langue : le raffinement du registre élevé côtoie la verdeur d’expressions populaires, conférant au texte une vivacité qui séduit jeunes lecteurs comme lecteurs aguerris. La versification, sans renoncer à l’élégance classique, fait preuve de souplesse : La Fontaine module le rythme pour donner l’impression d’une parole vivante, se rapprochant de l’oralité.

3. Procédés rhétoriques et figures du style

L’ironie prévaut. Du Corbeau et le Renard (« Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ») à La Cigale et la Fourmi (« Vous chantiez ? j’en suis fort aise. Eh bien ! dansez maintenant »), la morale se double d’un clin d’œil complice. Hyperboles et antithèses abondent, soulignant la diversité humaine. Les proverbes, condensés en vers mémorables, s’inscrivent dans la sagesse populaire et les maximes visent à rendre les leçons digestes et universelles. Parfois très brèves, parfois narratives et développées, les fables épousent des formes variées selon le but poursuivi : provoquer le rire, susciter la réflexion, interpeller le cœur.

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III. Thèmes majeurs et lectures analytiques

1. La nature humaine en miroir

La force de La Fontaine réside dans la capacité à dévoiler les faiblesses et les travers de l’être humain derrière des situations animales. Dans Le Corbeau et le Renard, la vanité, défaut universel, se trouve dénoncée avec humour, tandis que dans La Cigale et la Fourmi, l’opposition entre prévoyance et insouciance soulève la question de la justice du monde : la fourmi, incarnant l’esprit de travail, refuse d’aider la cigale légère, ce qui interroge la solidarité.

Le Loup et l’Agneau met en scène l’abus de pouvoir, l’injustice qui écrase le faible sans raison, préfigurant les injustices sociales dénoncées de manière feutrée. Ces récits dépassent la simple morale : ils parlent des rapports de domination, des illusions humaines, de l’hypocrisie des puissants.

2. Pouvoir, justice et critique sociale

Sous une couche de divertissement, nombre de fables se font allégories politiques. Le Lion, souvent associé au roi, impose sa loi au reste du règne animal. Les Animaux malades de la peste offre une satire amère de la justice : tandis que les forts et puissants sont absous, les faibles servent de boucs émissaires. Ici, La Fontaine capte les mécanismes de la cour, mais aussi la réalité, encore perceptible aujourd’hui au Luxembourg, où la justice sociale reste un débat vivant.

Cette prudence, destinée à contourner la censure de Louis XIV, fait du fabuliste un habile équilibriste, avançant masqué là où il veut dénoncer la force ou la bêtise du pouvoir.

3. Sagesse pratique et ambiguïté morale

Une partie du génie de La Fontaine repose sur la pluralité de lectures possibles. Si, dans Le Lièvre et la Tortue, il loue la ténacité plus que la vivacité, ailleurs la ruse, même amorale, triomphe. Dans Le Rat de ville et le Rat des champs, il oppose deux modèles de vie et laisse le lecteur choisir : confort et insécurité ou modestie paisible.

Cette ambiguïté, loin d’être un défaut, constitue une force éducative : elle invite à nuancer le jugement, à reconnaître la complexité de la vie sociale et individuelle. Les élèves luxembourgeois, par leur multiculturalisme, sont particulièrement sensibles à cette pluralité de valeurs.

4. Facette galante et libertine

On oublie parfois que La Fontaine n’était pas qu’un fabuliste : ses Contes, connus pour leur liberté de ton peu compatible avec les manuels scolaires, témoignent d’une curiosité pour les relations humaines, la galanterie, voire l’érotisme. Loin du moralisme pur, La Fontaine verse dans un scepticisme ironique, signe d’une modernité précoce.

5. Le narrateur, entre complicité et distance

Le fabuliste ne se contente pas de raconter : il guide, oriente, manipule l’opinion, joue sur l’ironie. Cette posture en fait un juge discret, laissant volontiers l’interprétation au lecteur tout en émaillant ses propos de commentaires amusés ou graves. La Fontaine fait ainsi de la fable non seulement un miroir, mais aussi un jeu littéraire : il invite le lecteur, du Luxembourg à Paris, à devenir co-interprète.

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IV. Réception, postérité et usages contemporains

1. D’un succès immédiat à la consécration scolaire

À peine publiées, les Fables remportent un immense succès : rapidement, elles sortent des salons mondains pour entrer dans les écoles, où elles sont abondamment illustrées et commentées. Cette popularité ne s’est jamais démentie et, au Luxembourg, rares sont les manuels de français pour enfants qui n’ouvrent leurs pages sur La Cigale et la Fourmi ou Le Lion et le Rat.

2. Héritage linguistique et artistique

Les expressions issues des fables (« rira bien qui rira le dernier », « rien ne sert de courir », etc.) sont passées dans l’usage courant. Les adaptations foisonnent : théâtre, opéra (par exemple, l’œuvre de Louis-Nicolas Clérambault), œuvres picturales. Chaque époque trouve dans les Fables une source d’inspiration à renouveler : certains artistes luxembourgeois s’inspirent de la malice du fabuliste pour évoquer la société luxembourgeoise, partagée entre tradition et ouverture.

3. Controverses et image renouvelée

La Fontaine n’a pas toujours fait l’unanimité : on lui a reproché son insouciance, son ironie, ou sa vision trop désabusée de l’homme. Sa conversion religieuse tardive a fait couler de l’encre. Aujourd’hui, on s’accorde à reconnaître la complexité de sa démarche : s’il pratique la morale, il en montre aussi la relativité. Cette honnêteté intellectuelle explique en partie sa pérennité.

4. Usages pédagogiques au Luxembourg : entre tradition et innovation

L’enseignement des fables au Luxembourg reste un pilier de l’éducation linguistique et culturelle : par la mémorisation et la récitation, on forge la mémoire tout en développant l’esprit critique. Des activités modernes (jeux de rôle, réécritures sur le thème des réseaux sociaux ou du multiculturalisme) permettent de relier La Fontaine aux enjeux contemporains. Les questions d’examen, en français ou en luxembourgeois, demandent souvent d’identifier la portée universelle ou satirique d’une fable, ou de procéder à une comparaison avec des textes traditionnels luxembourgeois (par exemple, les récits animaliers du folklore national).

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Conclusion

Jean de La Fontaine apparaît comme un magicien : sous la simplicité apparente du vers, il cache la complexité humaine, la relativité de la morale, la tendresse pour les faibles et l’ironie envers les puissants. S’il continue de parler aux élèves du Luxembourg et d’ailleurs, c’est que ses fables offrent toujours la possibilité de se reconnaître, de rire de soi, d’interroger sa société. Ce mariage entre le plaisir de la lecture et l’invitation à la réflexion fait de lui un auteur plus contemporain qu’il n’y paraît. Pour prolonger la réflexion, on pourrait comparer sa démarche à celle des fabulistes allemands ou néerlandais, ou analyser comment la traduction des Fables adapte l’ironie à d’autres langues et cultures, enrichissant ainsi le patrimoine commun des élèves européens.

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Annexes

Fables à citer pour l’illustration : — Le Corbeau et le Renard (I, 2) — La Cigale et la Fourmi (I, 1) — Le Loup et l’Agneau (I, 10) — Le Lièvre et la Tortue (VI, 10) — Les Animaux malades de la peste (VII, 1) — Le Rat de ville et le Rat des champs (I, 9)

Citations courtes (à intégrer dans l’argumentation) : – « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute » (I, 2) – « Rien ne sert de courir ; il faut partir à point » (VI, 10) – « La raison du plus fort est toujours la meilleure » (I, 10)

Bibliographie sélective : — La Fontaine, Fables. Édition critique sous la direction de Jean-Pierre Collinet (Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade). — Antoine Adam, Jean de La Fontaine (Fayard). — Articles en ligne sur Gallica, bibliothèque numérique de la BnF.

Conseils de rédaction : – Commencer chaque paragraphe par une idée forte. – Toujours relier l’exemple littéraire à l’idée générale du devoir. – Privilégier l’explication du texte, sans surcharger de citations. – Alterner fables célèbres et fables moins connues pour varier l’analyse.

Activités pédagogiques possibles : – Comparer une fable originale et son adaptation contemporaine. – Créer une fable sur un thème actuel (ex. : l’écologie, la numérisation, la vie scolaire au Luxembourg). – Présenter oralement une fable et en proposer une interprétation personnelle.

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En somme, choisir La Fontaine comme sujet d’étude, c’est ouvrir la porte à la diversité : de la littérature classique à la réflexion sociale, du jeu poétique à la critique ironique. Pour les élèves du Luxembourg, ses fables sont bien plus qu’un exercice scolaire : elles sont une école de vie et de démocratie, toujours vivantes et fécondes.

Questions d’exemple

Les réponses ont été préparées par notre enseignant

Quelle est l'analyse de l'art de la fable chez Jean de La Fontaine ?

L'art de la fable chez La Fontaine allie plaisir de la narration et transmission d'une morale, révélant une grande richesse littéraire et une observation fine de la société.

Comment Jean de La Fontaine relie plaisir et morale dans ses fables ?

La Fontaine utilise l'humour, la vivacité et la finesse pour enseigner des leçons morales tout en divertissant, allant au-delà d'une simple morale imposée.

Quel contexte historique influence l'art de la fable de La Fontaine ?

La Fontaine vit sous la monarchie de Louis XIV, où la censure pousse les écrivains à user de subtilité et d'ironie dans leurs œuvres pour critiquer la société.

Quels modèles littéraires inspirent Jean de La Fontaine pour ses fables ?

La Fontaine s'inspire principalement des fabulistes antiques tels qu'Ésope et Phèdre, qu'il adapte de manière originale pour leur donner une portée universelle.

En quoi l'art de la fable selon La Fontaine questionne-t-il la société ?

La Fontaine se sert de la fable pour interroger la condition humaine et les rapports sociaux, dissimulant une critique de son époque derrière les récits d'animaux.

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