Jean Racine et Les Plaideurs : satire comique de la justice au XVIIe siècle
Votre travail a été vérifié par notre enseignant : hier à 14:47
Type de devoir: Exposé
Ajouté : 27.05.2026 à 12:25
Résumé :
Découvrez comment Jean Racine utilise la satire comique dans Les Plaideurs pour critiquer la justice du XVIIe siècle et ses procès absurdes avec humour et finesse.
Jean Racine et *Les Plaideurs* : une comédie judiciaire au miroir de la société
Introduction
Jean Racine occupe une place centrale dans le panthéon de la littérature française classique. Au Luxembourg, comme dans le reste de l’espace francophone, son nom évoque d’abord la gravité majestueuse de ses tragédies, de *Phèdre* à *Andromaque* ou encore *Bérénice*. Pourtant, au sein de cet univers de passions tragiques, une œuvre fait figure d’intruse, à la fois surprenante et paradoxale : *Les Plaideurs*. Cette comédie singulière, la seule du corpus racinien, fut écrite en 1668, une année seulement après la création d’*Andromaque*.*Les Plaideurs*, loin des grands sujets amoureux ou historiques, se penche sur une thématique aussi inattendue que savoureuse : la folie des procès et l’absurdité d’une société engluée dans la manie judiciaire. À travers un humour burlesque et une satire acérée, Racine transforme les arcanes de la justice en terrain de jeu pour dénoncer les défauts de sa société. Pour des élèves luxembourgeois, pour qui le plurilinguisme et les contacts avec plusieurs systèmes juridiques sont quotidiens, la pièce prend un relief particulier et témoigne d’une universalité troublante.
Ainsi, il est légitime de s’interroger : comment Jean Racine, célèbre tragédien, exploite-t-il les ressources du comique pour fustiger les excès du monde judiciaire ? En quoi *Les Plaideurs* révèlent-ils une dimension nouvelle du parcours racinien, entremêlant satire sociale, fantaisie théâtrale et fine observation des hommes ? Il s’agira d’analyser la portée humoristique et satirique de la pièce, d’en explorer la galerie de personnages et de situations comiques, avant de réfléchir à la singularité stylistique et à la place de cette œuvre dans l’histoire littéraire.
---
I. Un thème original : la satire de l’obsession judiciaire et de la bureaucratie
A. Le choix du sujet : une critique des procès abusifs
À l’époque de Racine, la justice française – et plus largement européenne – est minée par la lenteur, l’obsession procédurière et les injustices nées de procès interminables. Les provinces reculées, y compris le pays messin voisin du Luxembourg, témoignaient d’un engouement particulier pour les querelles judiciaires, souvent héritées de rivalités de voisinage ou de familles. C’est dans ce terreau qu’émerge le thème des *Plaideurs*, à rebours de la tradition comique qui privilégiait l’amour ou la satire des ridicules mondains.Racine, en choisissant de moquer le goût malsain du procès, vise moins l’appareil judiciaire que le phénomène social : la prolifération des chicaneries et l’envahissement du quotidien par la paperasse et la plaidoirie. Ce n’est plus le règlement d’une injustice qui anime les personnages, mais le plaisir vide d’argumenter, de prolonger l’affrontement au détriment de la paix familiale ou publique. On retrouve ici un écho des situations parfois pointées dans la littérature luxembourgeoise du XIXe siècle, où la satire des notaires ou juges de canton fait sourire les lecteurs, encore familiers de ces procès de clocher.
B. La folie procédurière comme moteur de l’intrigue
L’originalité des *Plaideurs* n’est pas seulement dans le choix du milieu judiciaire, mais dans la façon dont Racine en fait le ressort de la folie scénique. Deux figures résument cette obsession : Chicaneau, bourgeois éperdu de procès, et Dandin, magistrat à la retraite qui n’imagine la vie qu’à l’ombre du tribunal. Tous deux sont prisonniers de leur passion dévorante, au point d’en oublier leur famille et d’accumuler, dans une déraison croissante, les procès et doléances burlesques.Derrière le rire, Racine laisse paraître la gravité d’un tel engouement. Ainsi, les jeunes amoureux Léandre et Isabelle voient leur union compromise par l’entêtement de leurs parents, prisonniers littéraux et symboliques du monde judiciaire. Les personnages sont enfermés à la fois dans leur domicile et dans leurs fixations, produisant un effet comique mais laissant transparaître le tragique du quotidien défiguré par la manie judiciaire. Cette situation peut rappeler l’inertie de certains conflits de voisinage ou d’héritage dans nos campagnes luxembourgeoises, où la mécanique judiciaire tourne à vide, au détriment de la communauté.
C. Dimension universelle de la satire
Si le contexte historique du siècle de Louis XIV structure la pièce, Racine réussit à viser un archétype humain qui dépasse le cadre de la France du XVIIe siècle. Dans n’importe quelle société, la lenteur et l’absurdité de la bureaucratie judiciaire peuvent devenir objet de rire. L’auteur touche à une vérité universelle : l’homme, quelle que soit l’époque, risque toujours de se perdre dans la pure forme, oubliant la finalité du droit et de la justice.Cette dimension universelle s’enrichit d’un arrière-plan européen. Les spectateurs luxembourgeois, côtoyant plusieurs traditions juridiques (allemande, française, belge), reconnaîtront dans *Les Plaideurs* une caricature toujours d’actualité, où la complication des règlements et la prolifération des procès évoquent parfois des situations familières.
---
II. Des personnages et des situations au cœur d’une comédie fondée sur le burlesque et le quiproquo
A. Une galerie de personnages caricaturaux et archétypaux
La force comique des *Plaideurs* réside dans le foisonnement de figures archétypales poussées jusqu’au ridicule. Dandin, le juge obsédé par les procès, n’a pour loisir que la justice : il invente des procès fictifs et fait comparaître jusqu’à ses valets ou ses animaux domestiques. Chicaneau, de son côté, multiplie les procès avec ses voisins, glissant d’une légitime défense de ses biens à la plus absurde pugnacité procédurière.Autour de ces deux maniaques gravitent les jeunes Léandre et Isabelle, figures classiques des amoureux contrariés, mais qui viennent ici déjouer les codes en résistant non pas à un tyran amoureux, mais à la folie procédurière parentale. La comtesse Yolande, voisine hautaine et acariâtre, incarne la dimension sociale du conflit, montrant que la passion du procès touche toutes les couches, y compris l’aristocratie.
Ces personnages rappellent, par leur outrance, certaines figures du théâtre de l’époque, comme le Harpagon avare ou le Tartuffe hypocrite de Molière, mais relecture par Racine impose l’obsession judiciaire comme unique moteur de l’action, créant ainsi une comédie à la fois typée et singulière.
B. Le rôle des sottises et du langage dans le comique
L’un des ressorts majeurs du comique racinien dans la pièce est l’usage du langage, qui vire très souvent à la pure bêtise ou à l’absurdité. Le patois picard dont use le personnage de Petit Jean amène un grain de folklore et d’authenticité, détonant dans la langue classique, et rappelant les interludes populaires du théâtre du XVIIIe siècle luxembourgeois, où le mélange de luxembourgeois, de franconien et de français produisait souvent l’effet comique recherché.Les quiproquos se multiplient – procès inventés de toutes pièces, lectures faussées des actes, poursuites grotesques à travers la maison – et permettent à Racine de déployer un arsenal d’effets burlesques. L’Intimé, secrétaire malin, manipule les écrits et orchestre des procès-verbaux farfelus. Chacune de ces scènes, à la fois enlevée et rythmée, rappelle que la comédie n’exige pas seulement de bonnes formules mais aussi une maîtrise du geste et du rythme scénique.
C. Le comique verbal et parodique
Mais le sommet du rire racinien culmine dans la parodie du langage judiciaire. Dans le procès final du chien, Racine accumule les tirades ampoulées, les références détournées à Aristote ou César, les citations déformées, pour souligner l’insignifiance des motifs : il s’agit d’un simple vol de poulet ! Cette parodie du grand style pour un sujet minuscule évoque la satire moliéresque, où le discours élevé est mis au service de causes dérisoires, comme dans *Les Femmes savantes* ou *Le Bourgeois gentilhomme*.Mais Racine affine encore la cible en interrogeant la légitimité du langage judiciaire lui-même, qui, à force de se vouloir grave et technique, vire à l’auto-parodie. Dans une société luxembourgeoise attachée à la conciliation plus qu’à la procédure, ce décalage amuse tout en interrogeant la pertinence de l’appareil judiciaire.
---
III. Le style racinien adapté à la comédie et l’héritage de la pièce
A. Une langue classique au service d’une forme comique peu conventionnelle
Ce qui frappe, à la lecture des *Plaideurs*, c’est la présence d’une langue classique, presque solennelle, au service d’un sujet comique. Racine respecte l’alexandrin et la règle des trois unités, mais leur rigueur est contrebalancée par des effets burlesques. Ce contraste crée une tension savoureuse : la musique noble du vers épouse des situations triviales, amplifiant le comique par la disproportion entre le style et l’objet.Cette maîtrise formelle demeure une signature racinienne, mais l’auteur se permet des écarts, des ruptures de ton volontairement maladroites qui soulignent la dérision. En cela, la pièce s’inscrit dans le classicisme, mais le renouvelle de l’intérieur.
B. La tradition héritée et renouvelée par Racine
L’inspiration de Racine puise dans plusieurs traditions. Derrière les *Plaideurs*, on retrouve l’influence évidente des *Guêpes* d’Aristophane, célèbre pièce du théâtre grec se moquant de la passion des Athéniens pour les procès. Mais Racine ne se contente pas d’imiter l’Antiquité : il dialogue aussi avec ses contemporains, notamment Molière, dont il partage le goût pour la satire sociale mais dont il se distingue par la rigueur du vers et la subtilité de la critique.De plus, la pièce anticipe les comédies plus tardives où l’administration ou la justice deviennent les cibles du rire, comme dans certaines pièces de l’époque révolutionnaire ou, dans l’espace luxembourgeois, certaines saynètes du théâtre populaire dénonçant les lenteurs de l’administration communale ou des tribunaux de paix.
C. Réception historique et place dans l’œuvre de Racine
Restée longtemps dans l’ombre de ses grandes tragédies, *Les Plaideurs* furent peu joués, sans doute victimes d’une réputation de légèreté dans un siècle qui attendait de Racine la profondeur tragique. Pourtant, les relectures modernes s’intéressent davantage à cette facette inattendue de l’écrivain.Dans une société luxembourgeoise attachée à son patrimoine, il est précieux de redécouvrir ces « œuvres secondaires » qui révèlent l’épaisseur et la complexité d’un auteur. En effet, la juxtaposition de la veine tragique et burlesque chez Racine rappelle que tout grand auteur sait embrasser la diversité des registres et des sujets, selon les besoins du temps et les suggestions de la société.
---
Conclusion
La lecture des *Plaideurs* de Racine apparaît aujourd’hui comme une expérience aussi rafraîchissante qu’instructive. Par la satire acérée du monde judiciaire, Racine compose une comédie originale, servie par une galerie de personnages burlesques, un jeu brillant sur la langue et une réflexion fine sur les travers de la société de son temps. Derrière le rire se dessine la critique d’un système où le procès vire à la folie, mettant en lumière des excès qui n’ont rien perdu de leur actualité, comme peuvent en témoigner certains aspects du système judiciaire moderne.Cette œuvre, longtemps éclipsée par la gloire des tragédies, démontre toute la polyvalence de Racine, capable d’adapter sa plume à la comédie et de renouveler des modèles anciens. Elle invite surtout à réfléchir, dans notre contexte luxembourgeois, à la place du rire dans la dénonciation sociale, à la nécessité de penser la justice non comme une fin en soi, mais comme un outil au service de l’humain.
Enfin, explorer *Les Plaideurs*, c’est aussi s’ouvrir à d’autres œuvres moins connues du patrimoine classique, redécouvrir la richesse du théâtre français du Grand Siècle, et se souvenir que la critique sociale peut, parfois, s’exprimer avec le sourire – pour mieux toucher l’esprit.
---
Évaluer :
Connectez-vous pour évaluer le travail.
Se connecter